1793, Toulon qui s'était livrée aux Anglais, vient d'être repris par le général Dugommier, en partie grâce à une action décisive du commandant Buonaparte qui est proposé au grade de général «à titre provisoire». Dugommier contresigne le décret des commissaires en y ajoutant de sa main cette réflexion ironique: «Si on ne l'avançait pas, cet officier avancerait tout seul.»
En février 1794, il est confirmé dans son grade par le représentant salicetti auquel se sont adjoints Ricord et Robespierre (Augustin, le frère de Maximilien alors au faîte de son pouvoir). Buonaparte est affecté au commandement de l'artillerie de l'armée d'Italie, à l'état-major de Dumerbion à Nice. Comme il a pour mission d'inspecter les batteries côtières, il réquisitionne pour son usage personnel le Château Salé sur les hauteurs d'Antibes, et y fait venir toute sa famille: sa mère Letizia, ses soeurs Elisa, Pauline, Caroline et ses jeunes frères Louis et Jérôme. Joseph, l'aîné est employé au commissariat des guerres, et a fait la connaissance de Julie Clary, fille de riches négociants marseillais. Ils vont bientôt se marier, et séjourneront quelque temps au Château Salé.
Texte de Jacques L'Azou
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Après tant d'années difficiles, c'est enfin pour tout ce petit monde le début du bonheur: les bonnes places, l'argent, et cette belle bastide au milieu des oliviers et des eucalyptus avec une superbe vue sur la mer, le fort Carré d'Antibes, et les montagnes de l'arrière-pays niçois. Le Château Salé verra aussi passer un groupe de jeunes officiers que Napoleone a remarqués au siège de Toulon et qui lui servent d'aides de camp, et dont il fera la carrière: Junot, Marmont, Duroc, sébastiani, Desaix, Suchet, Victor, Desgenettes. On peut les voir galoper le long des plages, désertes à l'époque, vers Nice qui vient d'être annexée, ou vers les montagnes toutes proches vers Grasse, sous-préfecture du Var en ce moment, ville commerçante et déjà industrielle avec ses parfumeurs et ses tanneurs, capitale de fait de la région avec ses 12.000 habitants quand Antibes, le poste frontière avant le Var, n'en compte que 4.000, et Cannes n'est qu'un modeste port de pêche, avec 3.000 habitants.
Cette année 1794, au Château Salé d'Antibes combien de futurs rois, de futures princesses, de futurs maréchaux, de gouverneurs... On pouvait voir dans les rues d'Antibes en 1794, maman Letizia et ses filles dans une calèche conduite par un superbe homme de peau noir appelé Domingo. Domingo, qui parfois accompagnait le général Buonaparte à Nice, sera blessé lors d'un combat au-dessus d'Eze. Le Château Salé existe toujours, mais il n'est plus dans une oliveraie. Vous pouvez le trouver encerclé d'immeubles, derrière l'église de l'Assomption sur la route de Grasse. En 1834, il faillit être acheté par Lord Brougham, le «créateur» de Cannes, mais ce fut finalement le général Reille, antibois et gendre du maréchal Masséna, qui en fit l'acquisition auprès d'un certain M. Servelle. Cette bastide historique appartient désormais à la ville d'Antibes et abrite les pépinières municipales.
La batterie du Graillon est un bel exemple de ce qui peut être réalisé pour préserver un patrimoine historique. Chargé d'inspecter les batteries côtières, le général Buonaparte commandant l'artillerie, restaure en cette année 1794, ce fortin du Graillon, dans le Cap d'Antibes, sous le phare de la Garoupe, face aux Îles de Lérins. Il y installe 16 pièces d'artillerie. Aujourd'hui, cette batterie du Graillon, mise en valeur par André Sella, riche hôtelier du Cap d'Antibes, est devenue le Musée Naval et Napoléonien, géré par le Musée de la Marine. Il se trouve boulevard Kennedy, au-dessus du petit port de l'Olivette. Ce musée rassemble de très belles pièces de collection, de magnifiques maquettes et des figurines charmantes. Bien sûr, une visite s'impose avant d'entamer le parcours de la Route Napoléon.
On peut imaginer les chevauchées de Napoleone et de ses jeunes officiers promis à un bel avenir mais insouciants en ces temps incertains. Le plus court chemin du Château Salé à la batterie du Graillon passe par la Garoupe. En cette fin de XVIII° siècle, toute la côte n'est que marais et dunes, et le Cap d'Antibes, une forêt inhabitée. Par le chemin du Calvaire, on monte au plateau de la Garoupe. Panorama splendide. Côté mer le coup d'oeil va de l'Estérel à la côte italienne, côté montagne, il découvre les premières Alpes enneigées l'hiver, et tous ces villages perchés. Du haut de la Garoupe vous verrez des trirèmes romaines, des felouques barbaresques, des caraques génoises, des galères florentines, des caravelles aragonaises. Ce n'est pas hors sujet, le jeune Napoleone, pétri de culture antique avait les mêmes hallucinations du haut des tours à feux de la Garoupe. Il devait méditer sur le sort du Masque de fer enfermé, en 1687 pendant 17 ans sur l'île ste Marguerite.
Le phare date de 1837, détruit en 1944 et reconstruit quatre ans plus tard. On peut le visiter: 116 marches en marbre pour monter à 103,70 mètres au-dessus de la mer. Tout près sur le plateau une magnifique chapelle du XII° siècle abrite dans ses deux nefs juxtaposées une collection impressionnante d'ex-voto offerts pour la plupart par des marins dont le plus ancien est de 1779, offert par un bagnard antibois, pour remercier la Bonne Mère de la Garoupe de l'avoir aidé lors de son évasion du bagne de Toulon !
Vers tribord, admirez les Îles de Lérins, ste Marguerite et St Honorat qui valent le détour d'une journée pour le moins. Pendant la Révolution, elles sont décrétées bien national sous l'appellation Île Marat et Île Lepeletier, deux héros révolutionnaires.
De l'île d'Elbe à Golfe juan. Débarquement de Napoléon.
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