1814 : Campagne de France, la fin en deux mois, février et mars, tout s'écroule sur les routes de la vallée de la Marne de La Ferté-sous-Jouarre jusqu'à Châlons, en passant par Montmirail, La Ferté-Gaucher, Champaubert.
Le 11 mars les alliés rentrent dans Paris à 11 heures et se réunissent chez Talleyrand qui prêche pour les Bourbons: «Louis XVIII est un principe, c'est le roi légitime.» Le Tsar Alexandre très hostile d'abord, puis contraint, s'y résigne. Les souverains alliés signent une déclaration refusant toute négociation avec Napoléon Bonaparte et avec sa famille, et invitant le Sénat à nommer un gouvernement provisoire.
Le traité de Fontainebleau accorde à Napoléon, l'île d'Elbe en pleine souveraineté, avec maintien du titre d'Empereur, une rente annuelle de 2 millions du gouvernement français, et le duché de Parme à Marie-Louise avec promesse de succession pour leur fils.
Le 28 avril, Napoléon s'embarque à St Raphael. Une frégate anglaise débarque Napoléon et sa suite le 4 mai à Porto-Ferrajo aux acclamations des habitants.
Texte de Jacques L'Azou
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Le 12 février 1815, Fleury de Chaboulon, ancien sous-préfet de Reims, déguisé en matelot à bord d'une petite felouque, aborde dans I'île. «L'intrépide sous-préfet» a rencontré Maret, duc de Bassano, et venait informer l'Empereur de ce qui se tramait en France. Fleury lui apporte un rapport complet, précis et authentique, révélant en outre l'existence d'un complot comprenant Fouché, Davout , Maret, qui ont pour projet d'établir la régence. «Une régence ! s'écrie Napoléon, pourquoi faire ? Suis-je donc mort ! »
Depuis quelque temps, Napoléon projetait de rentrer en France. Il en avait parlé à Drouot, hostile au projet, mais l'exécution n'en était pas arrêtée. Les renseignements de Cipriani sur l'inconduite de l'Impératrice le déterminent à brusquer le départ. Coïncidence, le 16 février, le commissaire anglais Campbell s'en va rejoindre sa maîtresse, la belle Mme Bartoli, sur le continent pour une douzaine de jours ; c'est le moment ou jamais ! Napoléon ordonne à Drouot de réarmer l'Inconstant, d'embarquer vivres et munitions, de distribuer à chaque fantassin deux paires de souliers. Des courriers sont expédiés dans tous les coins de I'île pour défendre de laisser partir ou de débarquer quiconque, pas même les pêcheurs. Fleury est envoyé auprès de Murat, le beau-frère toujours roi à Naples. Le 22, il réquisitionne les bâtiments marchands, et demande à Peyrusse de payer les factures et d'emballer le trésor dans des caisses.
Le dimanche 26 février, tout le monde est dans l'attente du départ sans pourtant savoir s'iI aura bien lieu ce jour là.
L'Empereur rejoint le palais des Mulini et fait battre la générale. Les troupes sortent des casernes, et chaloupes et canots sillonnent la rade. Pendant l'embarquement, il reçoit aux Mulini le directeur des domaines Lapi, promu gouverneur, une compagnie du bataillon franc et un détachement de la garde nationale. Il leur fait un petit discours: «Je vous confie la défense de la place. Je ne puis vous donner une plus grande preuve de confiance que de laisser ma mère et ma soeur à votre garde... »
Le mercredi 1er mars, au point du jour, la flottille est à la hauteur du Cap d'Antibes. Napoléon apparaît sur le pont une cocarde tricolore au chapeau. On amène le pavillon de I île d'Elbe, et le drapeau tricolore, hissé en haut du mât du brick et des autres bâtiments, est salué par une grande acclamation.
Un détachement de vingt grenadiers avec le capitaine Lamouret débarque dans un canot pour s'assurer de la batterie de la Gabelle que Napoléon sait se trouver près de la plage. La batterie était désarmée. Les grenadiers se mettent en position sur la route de Cannes sur les hauteurs voisines de la tour de la Gabelle. Drouot , débarqué peu après Lamouret, expédie un autre capitaine en civil vers Antibes porteur de proclamations. Antibes, en 1815, est dans le département du Var, et le Fort Carré est le poste frontière avant le fleuve Var qui marque la limite du pays avec le royaume de Piémont-sardaigne, où règne Victor Emmanuel 1er de la Maison de Savoie. Après le rattachement du Comté de Nice à la France en 1860, sous Napoléon III, l'arrondissement de Grasse sera réuni aux Alpes-Maritimes, et le Var offre cette singularité de porter le nom d'un cours d'eau ne coulant pas sur son territoire.
Prévenu, le colonel Cunéo d'Ornano, commandant la place (ses supérieurs le général Corsin et le général Paulin sont absents, en inspection aux Îles de Lérins) lit les proclamations et arrête le capitaine quand on l'avertit qu'un détachement de grenadiers de I'île d'Elbe se présente à la Porte Royale. Ce sont les hommes de Lamouret qui outrepassant ses instructions avait projeté de soulever la garnison. Il accourt, les laisse entrer après avoir parlementé avec Lamouret, mais à peine ont-ils franchi l'enceinte qu'il fait lever le pont-levis. Le détachement se retrouve prisonnier !
Il est à noter que ce sera le seul échec et que Napoléon le doit non seulement à un compatriote corse, mais qui plus est, à un parent, allié à la famille par Isabelle Bonaparte. Arrivé aux Tuileries, l'Empereur fera appeler Cunéo d'Ornano, et loin de le blâmer, il le nommera général au poste de commandant de la place de Valence...
Pendant cette équipée, la petite armée impériale effectue son débarquement. Au fur et à mesure que la troupe débarque, les hommes établissent un bivouac dans une oliveraie entre la mer et la route de Cannes à Antibes. Il reste à débarquer le trésor, les bagages, les canons et les chevaux. Un témoin oculaire, le capitaine Gazan en demi-solde à 23 ans, se trouve sur les lieux ce soir là. Il a raconté la scène à Paul sénéquier : «La soirée était splendide, l'air calme, la mer tranquille et le ciel, reflétant les derniers rayons du crépuscule, commençaient à donner au lointain ce vague vaporeux qui précède nos belles soirées de printemps.»
Napoléon quitte le brick l'un des derniers, et touchant le sol de la Patrie s'écrie: «Salut, France ! Terre des Braves ! » et va s'asseoir sur son fauteuil de campagne, près des feux allumés par les soldats, non loin de la bastide de Jérôme Jourdan.
L'histoire de la campagne Napoléonienne
qui a donné son nom à la route Napoléon
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