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La route Napoléon insolite par Jacques L'Azou

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LA CAMPAGNE DE NAPOLEON POUR REJOINDRE PARIS

Première étape : Cannes

A cette époque, la route vers Cannes n'est qu'un chemin à peine carrossable, le long de la côte à travers des dunes et des marais. C'est maintenant une quatre voies, longeant la ligne de chemin de fer. Cannes n'est en 1815 qu'un village de pêcheurs et son petit port sert surtout au commerce des tanneurs et des parfumeurs de Grasse, qui est alors la ville la plus importante. C'est le vieux Cannes d'aujourd'hui, l'ancien Castrum accroché à sa colline du suquet, qui de sa hauteur domine le port.
Le général Cambronne, avec son avant-garde et Pons de l'Hérault, se présentent à Cannes vers trois heures, et s'annoncent comme venant de débarquer de I'île d'Elbe pour rentrer en France avec des congédiés et des malades. Cambronne réquisitionne tous les chevaux de poste sous prétexte qu'il en a besoin pour ses malades.
Il y a aujourd'hui à Cannes une rue Bivouac-Napoléon, il y avait à la place de ce quartier cossu, des dunes désertes, où les hommes fatigués par la traversée et la marche se sont endormis dans leurs couvertures après avoir mangé le pain de maître Poulie et la viande grillée au grand feu de bois. Les factionnaires veillent aux quatre coins du camp, qui occupe un quadrilatère formé par les actuelles rue d'Antibes, rue Buttura, rue Bivouac-Napoléon et rue des Belges. La tente de l'Empereur est dressée à l'emplacement du n°15 de la rue des Belges. La chapelle Notre-Dame de Bon Voyage a été remplacée par une église, sur laquelle est apposée une superbe plaque mémorisant la halte nocturne.

Texte de Jacques L'Azou

A Grasse, le bruit d'une descente de corsaires s'était répandu comme à Cannes. Mais bientôt le maire, le marquis Lombard de Gourdon, est renseigné du débarquement de Napoléon par une estafette venue d'Antibes. Il réunit dans la nuit le conseil municipal et fait appeler le général Honoré Gazan qui, depuis peu en demi-solde, s'est retiré dans sa ville natale. Gazan, général de division, un des héros d'Iéna, la veille à dix heures du soir avait expédié une dépêche au maréchal Soult ministre du roi, pour lui apprendre la nouvelle du débarquement. A la mairie de Grasse, on parle d'armer la population et de former une centaine de partisans qui, en supposant qu'il prenne la route de l'Estérel, iraient s'opposer au passage de l'usurpateur ou, s'il voulait marcher sur Grasse, résisteraient depuis les remparts. Gazan demande l'état de l'armement pour résister : le maire répond qu'on a trente fusils dont cinq en état de marche et pas une seule cartouche. Honoré Gazan conseille donc à ce grand guerrier de se tenir tranquille, et lui-même trouve quelque chose d'urgent à faire dans sa maison de campagne à Mougins.
Le général Cambronne avec son avant-garde arrive à Grasse entre 6 et 7 heures. On se met aux fenêtres et bientôt quinze cents personnes sont réunies sur le Cours et sur la place du Clavecin où était dressée la guillotine pendant la Révolution.
Napoléon, encore à Cannes, est constamment tenu au courant par les estafettes de liaison, les lanciers polonais en l'occurrence. Rassuré sur la marche, l'Empereur fait lever le camp. Partant du bivouac, ils prennent l'actuelle rue maréchal Joffre, et le carrefour Carnot. L'authentique route Cannes - Grasse de l'époque s'écarte peu de la RN 85 entre Rocheville et Mougins, passant comme maintenant par le Val de Mougins et Tournamy. La troupe s'arrête à Mouans-sartoux, sur la place de la mairie, en attendant les nouvelles de Cambronne parvenu à Grasse.
Cambronne et ses 100 grenadiers d'avant-garde s'organisent place de la Foux où ils forment les faisceaux. La place de la Foux se trouve en dehors de la ville, sous les remparts qui, à cette époque enferment la ville. C'est une sous-préfecture de 12.000 habitants ce qui est important en 1815. C'est en fait la première vraie ville que les Elbois rencontrent depuis si longtemps !
Napoléon, à cheval au milieu de son bataillon avance sur Grasse par la montée Sainte Lorette.
Il est environ 10 heures quand il contourne la ville par le Jeu de Ballon qui longe les remparts et qui deviendra le boulevard du même nom. Les grognards de l'avant garde font «par la droite, dégagez les faisceaux ! » , et quittent le lavoir de la Foux pour laisser place aux arrivants. Ils montent par le Chemin des Carrières au plateau Roquevignon. En l'an X (1802) le premier consul Bonaparte avait ordonné de rendre praticable pour les voitures le chemin de Grasse à Sisteron, marqué sur la carte de Cassini. Ses instructions n'ont pas été exécutées; la route a été commencée à l'autre bout à partir de Sisteron jusqu'à Digne. Pendant l'Empire et toute la Restauration, Castellane ne figure pas comme relais dans le livre de Postes et des Itinéraires. Il croyait cette route faite. Effectivement, elle a été tracée, mais non achevée. L'avenue Thiers, la route pour aller à Nice, n'existait pas à l'époque, donc, faute de route carrossable, il faut abandonner sur la place de la Foux les 4 canons, la berline de voyage réquisitionnée à Golfe-Jouan, et les voitures achetées à Cannes. Napoléon les fait remettre à la municipalité, en recommandant bien de les envoyer à l'arsenal d'Antibes.
Des hauteurs de Grasse, on voit la flottille, déjà sortie du Golfe-Juan, qui repart pour I'île d'Elbe.
On aperçoit vers l'ouest le village de Cabris, un village provençal authentique, perché et encore préservé où règne la douceur de vivre. Ce village est célèbre pour avoir abrité tous les grands écrivains de la première moitié du XX siècle ; On peut y voir encore la maison d'Antoine de saint-Exupéry et celle d'André Gide
Le général Cambronne en avant-garde, quitte Roquevignon vers midi, pour St Vallier. Le chemin est très mauvais, il fait chaud, bien qu'on soit bientôt à 700 mètres d'altitude. Grasse est à une altitude moyenne de 350m.
Le plateau Roquevignon, côte 544, s'appelle maintenant le plateau Napoléon.
L'Empereur, avec son bataillon de la vieille garde se met en route vers 2 heures de l'après-midi.
Ils sont à St Vallier-de Thiey vers les 4 heures et font une halte d'une demi-heure sur la place de l'Apié, prés de l'église. L'Empereur s'arrête à l'ombre du grand orme abattu par le vent en 1867 et remplacé en 1869 par la colonne napoléonienne actuelle. Un siège en pierres de taille entourait l'arbre devenu historique et sur l'une d'elles on grava l'inscription suivant: «Napoléon s'est assis ici, le 2 mars 1815».
Ici il faut maintenant quitter la RN 85 qui monte par le Pas de la Faye qui n'existait pas et qui est devenue un vrai boulevard. A la sortie de St Vallier, en laissant le Grand Pré à droite, il faut prendre cette petite route à gauche près du jeu de boules. Cette route est à peu près tout ce qui reste d'authentique sur la Route Napoléon; elle est restée à l'identique, et bien sûr, on ne peut que la faire à pied. Avis aux courageux et aux puristes ! Il faut compter deux bonnes heures de marche pour arriver à Escragnolles. On est à plus de 1.000 mètres, le froid est tombé avec la nuit qui commence. Et la neige fondue maintenant, et tous ces cailloux dans ce décor irréel ! Tiens une chapelle dans ce désert de pierres ! C'est la chapelle St Martin.
Au-delà d'Escragnolles, la nuit est tombée, et l'on rencontre une file de muletiers de Caille qui s'en vont porter du blé au marché de Grasse. L'Empereur les oblige à empiler sur le chargement de leurs mulets, les sacs de ses soldats harassés et à rebrousser chemin jusqu'à Séranon. Pourquoi Séranon ? Parce qu'il y a là une bastide qui appartient au maire de Grasse Lombard de Gourdon. M. de Gourdon, comme beaucoup d'autres au cours de cette épopée, avait d'abord pensé que «le tigre échappé de sa cage» n'arriverait pas chez lui, mais bien forcé de reconnaître son erreur, tourne la veste et juge plus prudent de se ranger du côté du «tigre» Il convient donc avec Cambronne qui, en avant-garde, est responsable du logement, de mettre à sa disposition son château de Broundet à Séranon. Pour ce faire, le maire dépêche un serviteur auprès de son intendant Biaise Rebuffel, lui faisant dire de préparer les feux et le couchage, puis de se présenter à l'Empereur dès son arrivée et de lui offrir l'hospitalité.
Il neige de plus en plus fort au col de Valferrière à plus de 1000 m d'altitude. Les troupes en arrivant à séranon apprécient la chaleur du bivouac. Il est 10 heures du soir et ils ont marché plus de 50 kms. Depuis Escragnolles, le chemin est mal tracé et on marche souvent dans un ruisseau à moitié gelé. Peyrusse note : «La nuit rendit notre marche dangereuse. Epuisé de fatigue, je m'endormis sur le bord du chemin, et ayant rejoint le convoi, j'aperçus sur les côtés du sentier une caisse d'or qu'un mulet avait laissé choir. Je récupérais cette caisse après avoir cherché de l'aide à Escragnolles.»
Le périple de Napoléon continuera jusqu'à Grenoble en passant par Digne, Sisteron, Gap, Corps, puis juqu'à Paris où il reprendra le pouvoir, maispour la région Provence Alpes Côte d'Azur, l'aventure s'arrête à Séranon.

Voir les évènements autour du débarquement
de Napoléon sur les plages de Golfe Juan

LA CAMPAGNE DE NAPOLEON POUR REJOINDRE PARIS
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