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Où est il ce village de pêcheur qui vivait de la mer il y a encore un siècle? La fabuleuse histoire de Cannes, d'une modeste commune à une renommée mondiale.
Nos premiers ancêtres ont laissé des traces dans la région, restes de campements et d'outils, dans les grottes de Monaco, du Lazaret et de Terra Amata à Nice. Ces vestiges attesteraient selon les spécialistes d'une présence humaine depuis cinq cent mille ans. Vers 1 800 et 1 200 avant J.-C. apparaissent les Ligures venus du N. E. de l'Europe et qui en colonisent une grande partie. Ce peuple n'a laissé que peu de traces, car il ne connaissait pas l'écriture (ils sont probablement les auteurs des gravures du mont Bégo). Mais les géographes grecs et romains ont parlé d'eux, ils ont raconté leur vie, leurs coutûmes.
La toute première origine de Cannes semble remonter au 2e siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, les Oxybiens, une tribu du peuple ligure (que l'on retrouve sur la côte méditerranéenne avant qu'il ne se soumette à Rome en 14 avant Jésus-Christ), occupent l'actuelle Cannes, alors désignée sous le nom de Aegitna. Aegitna, un simple et pauvre bourg de pêcheurs sert de relais entre les îles de Lérins et la terre ferme. On y mène une vie pastorale, presque sans incident jusqu'en 69 après Jésus-Christ, date à laquelle les troupes d'Othon et de Vitellius s'affrontent sanguinairement, chacun d'eux voulant être reconnu comme l'empereur romain. C'est le temps des conquêtes qui s'ouvre. Les invasions barbares dureront jusqu'au 9e siècle. Les Ligures appelés capilatti par les Romains, étaient de solides montagnards batailleurs, ils seront souvent utilisés comme mercenaires par les Romains qui ont mis 160 ans à les soumettre (de 154 avant J- C., bataille d'Aegitna, le Loubet actuel, à 6 après J - C. trophée d'Auguste), alors que Jules César a conquis la Gaule en 9 ans (de 58 à 50 avant J - C.). Peut-être faut-il voir dans cette résistance à l'invasion, l'explication du comportement de nos ancêtres au cours des siècles, face aux étrangers.
Les principales peuplades indigènes étaient :
- Les Vésubianii, dans la vallée de la Vésubie, qui contrôlaient le col de Fenêtres.
- Les Ectinii, dans hautes vallées du Var et de la Tinée.
- Les Nemeturii, dans la haute vallée du Var.
- Les Eguituri, dans la moyenne vallée du Var.
- Les Vélaunii, vers Saint Vallier et l'Esteron.
- Les Oxybiens, chef lieu Aegitna (Le Loubet).
- Les Nérusiens, chef lieu Vence.
- Les Déciates, entre Siagne et Brague chef lieu Vallauris.
- Les Oratelli, dans les vallées de la Roya et de la Bévéra.
- Les Veamini, vers Guillaumes.
- Les Védianti, entre le Var et La Turbie et dont la métropole était Cimiez, que les Romains choisiront comme capitale de la province des Alpes-Maritimes en l 'an 7 avant J.-C..
Cannes à travers le temps Au 10e siècle, Cannes est devenue un fief de l'abbaye de Lérins (elle-même fondée au 5e siècle); les comtes de Provence, après l'expulsion des barbares, ont en effet donne à l'abbé de Lérins le petit édifice qui trône au sommet de la colline du Suquet en l'exonérant d'imposition et le faisant devenir château franc. Les moines bâtissent à cet endroit un édifice fortifié, le château de la Castre pour pouvoir mieux se protéger. Le village se regroupe tout autour. C'est encore à cette période que la construction de la Tour de l'île St Honorat et de la grande Tour de Cannes est entreprise. Et ce n'est qu'en 1035 qu'apparaît le nom de Cannes sur un document officiel. Les étymologies sont multiples et divergent. On peut retenir celle-ci qui voit dans Cannes, cannae, ces champs de roseaux qui entouraient le bourg primitif.
Au 14e siècle, la peste sévit dans la région. Bientôt , la piraterie et le banditisme viennent achever de troubler Cannes. Mais l'abbaye parvient cependant à assurer sa main-mise sur la ville et ses habitants.
Le 16e siècle voit une nouvelle vague de peste, plus meurtrière encore. Le destin de Cannes se confond alors peu à peu avec celui de la Provence (région dont Cannes fait partie) qui vient d'être annexée à la France. La suprématie des seigneurs de Lérins s'estompe.
Au 17e siècle, on compte près de 600 maisons dans Cannes. L'église paroissiale Notre-Dame est construite. L'île Sainte-Marguerite est envahie par les Espagnols ; les Français finissent par arriver à les chasser. On retrouve diverses invasions tout au long du 18e siècle. Un hiver exceptionnellement rigoureux, en 1771, fait vivement souffrir la population; le prix du pain, extrêmement élevé, la conduit à s'insurger. Quant au commerce maritime, il commence à prendre de l'importance dans la vie économique de la petite ville. La Révolution française de 1789 vient diviser la France en départements; Grasse est désignée chef-lieu de Cannes.
Hormis la venue de Napoléon à Cannes, le 1er mars 1815, après son exil à l'île d'Elbe, l'évènement majeur que connaît Cannes au 19e siècle est la venue de Lord Brougham. L'anecdote vaut d'être narrée. C'était au mois de décembre 1834. Lord Brougham, pair d'Angleterre, députe whig célèbre pour sa défense des libertés (notamment pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies) avait choisi de venir passer l'hiver à Nice. Son voyage s'acheva à la hauteur du fleuve de Saint-Laurent du Var, à quelques kilomètres seulement de Nice. Impossible de poursuivre: on a ferme les frontières pour se protéger du cholera! Le Lord Chancelier d'Angleterre eut beau monté sur ses grands chevaux, son équipage dut pourtant bien faire demi-tour. La légende veut que ce soit grâce à une bonne bouillabaisse et à un bon lit dans la seule auberge du coin, l'auberge Pinchinat (qui n'existe plus), que Lord Brougham résolut finalement de séjourner à cet endroit. Le site lui parut joli et les autochtones sympathiques, il commença à apprécier la clémence du temps; inutile d'aller chercher plus loin. Il fit édifier un château, le château Eléonor (en hommage à sa fille qui venait de mourir). Il ne devait plus quitter ces lieux. D'autres Anglais ne vont pas tarder à se presser à Cannes pour profiter également de ce cadre privilégié de nature tranquille bénie par la douceur climatique. De bourgade provinciale, Cannes acquiert bientôt le statut de haut-lieu de villégiature. Sa croissance est fulgurante : comptant moins de 4000 habitants en 1834, on en dénombre 20000 en 1896! A la fin du 19e siècle, la principale activité économique est déjà le tourisme.
L'ancienne petite ville de pêcheurs accueille des hôtes aussi prestigieux que les écrivains Prosper Mertimee et Oscar Wilde, ou les plus grands aristocrates et notables du monde: la comtesse d'Oxford, Lord Russel, le baron Haussmann et les Rotschild, le roi de Prusse! En hiver, toute une élite étrangère vient savourer ce havre de paix. L'institutionnelle promenade sur La Croisette apparaît: les élégantes se promènent au bord de mer en se protégeant le visage avec des ombrelles afin de ne pas avoir le teint hâle. Cette mode devait s'inverser dans les années 30. Quant à Cannes, cette ville est loin de passer de mode. La vogue du bronzage à nouveau est oubliée, mais on vient toujours autant à Cannes. On peut toujours admirer de riches fourrures sur la Croisette. Les hommes célèbres l'aiment toujours. Et le Festival International du Film, qui a plus d'un demi-siècle d'existence (sa première édition en 1946 remporta déjà un grand succès; l'actrice française Michèle Morgan, au regard inoubliable, remporta cette année-là le prix d'interprétation féminine), attire plus que jamais stars, starlettes et groupies. Incontestablement, c'est un des évènements majeurs à l'échelle mondiale dans l'univers cinématographique. A tel point que Cannes s'est depuis spécialisée dans l'organisation de salons et congrès plus importants les uns que les autres (MIDEM, MIPTV…). Elle ne cède guère au tourisme de masse pour privilégier des hôtes de marque, qu'ils soient artistes, riches hommes d'affaires… Comme au 19e siècle, Cannes garde tout son chic. |