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A la fée Estérelle,
Qui ne sent un charme secret
Dans ces montagnes désolées
Dont une sauvage forêt
Couvre les cimes dentelées ?
Sur ces pittoresques montagnes
Plane un souvenir populaire,
Royauté qui ne meurt jamais
Illusion surnaturelle
Qui donc es tu, fée Estérelle ?
Lorsque les Sarrasins maudits
Désolaient nos riches campagnes,
Ton nom a rallié jadis
Nos aïeux au sein des montagnes,
Plus tard sur nos tristes débris
Ta source a coulé bienfaisante ;
La Provence reconnaissante
Te dressa des autels fleuris :
Dans la cabane et la tourelle
On te bénit, fée Estérelle !
Sous tes pins touffus, ondoyants,
Chaque printemps, le frais séphire
Couvrait de lambris verdoyants
Ton palais de rouge porphyre.
L'arbousier aux fruits orangés,
Le genêt d'or, le laurier rose,
Le myrte qu'une eau pure arrose,
Ornaient tes palais ombragés
Et maintenant la sauterelle
Ronge tes fleurs, fée Estérelle !
Qu'importe ! Le fer et le feu
N'ont point épuisé la nature,
Et l'Estérel, sous le ciel bleu
A gardé sa verte ceinture.
Pour toujours ont fui les voleurs
Et la fontaine coule encore
Sur l'herbe que l'aube décore
De fraiche rosée et de fleurs,
Sous la bruyère et la morelle
Repose en paix fée Estérelle !
Estérel, ton front de granit
Brave notre impuissance humaine
A tes pieds le soleil brunit
Des restes de grandeur romaine.
Paquebots et chemins de fer
Emportent tout, et leur fumée
Souillent ta forêt embaumée
Et l'azur doré de ta mer.
L'illusion surnaturelle
Fuit en Wagon, fée Estérelle !
M Marquan - 1861 |
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Entre Méditerranée et Provence calcaire, l'Estérel est un massif volcanique de 32 000 hectares dont 14 000 sont classés . Son étonnante couleur rouge, qui change à chaque heure du jour, est liée à la rhyolithe, ou porphyre rouge, roche volcanique de l'ère primaire. Ses pentes escarpées, ses gorges étranglées et touffues, ses somptueux pitons de lave amarante en font un site d'exploration inépuisable. On ne manquera pas de découvrir les curiosités et les paysages du domaine : le pic de l'Ours, le rocher Saint-Barthélémy, la calanque du Dramont, le belvédère du Cap Roux, le mont Vinaigre qui culmine à 614 m , le ravin du Perthus et celui du Malinfernet avec ses sources.
Sorti tout droit des entrailles de la terre, l'Estérel est né il y a 250 millions d'années. Lors d'un mouvement de l'écorce terrestre, la terre s'est fissurée profondément laissant la lave monter à la surface et donnant ainsi naissance à cette roche pourpre, la rhyolithe ou porphyre rouge.
D'abord rattaché à l'Afrique, ce morceau de terre s'en sépara lors de la formation de la Méditerranée. A l'ère tertiaire, un pan de l'Estérel partit à la dérive… la Corse.
Les reliefs accidentés, paysages déchiquetés et les criques abruptes plongeant dans la Méditerranée témoignent de cette histoire géologique mouvementée.
Tout aussi riche est l'histoire humaine. Outils, pointes de flèches, visibles au musée archéologique de Saint-Raphaël sont les traces émouvantes d'une longue période de notre histoire. Toutes les civilisations du bassin méditerranéen marquèrent de leur emprunte le massif de l'Estérel.
Au détour d'un sentier, vous découvrirez un menhir, une fontaine romaine, un oppidum ou la voie aurélienne qui longe la côte jusqu'à Agay. Au moyen âge, l'Estérel sert de refuge aux ermites, dont Saint-Honorat, au XVIIe et XVIIIe siècle, à des forçats évadés du bagne de Toulon. Enfin, Gaspard de Besse, le brigand au grand cœur y cacha son trésor qui ne fut jamais retrouvé. Il fut arrêté dans une taverne et supplicié en place de grève.
Légendes autour de l'Estérel
ESTERELLE ou ESTEREL, l'une des fées qui étaient célèbres au moyen âge, On lui attribuait de composer des breuvages enchantés qui rendaient les femmes fécondes, et on lui offrait des sacrifices « sur une pierre appelée la cauza de la fada ». Une légende de Saint-Armentaire, écrite en 1300, fournie quelques détails sur cette fée, qui vivait auprès d'une fontaine où fut élevé depuis le monastère de Notre-Dame de l'Esterel. Sur la route de Marseille à Toulon on rencontre une forêt qui porte aussi le nom de l'Esterelle. Elle a été chantée par les troubadours provençaux, et les habitants de la contrée racontent plusieurs traditions dans lesquelles cette forêt est mise en scène.
Légende du dolmen de la Pierre de la Fée de Draguignan
Le dolmen de la Pierre de la Fée, classé " monument historique ", est une sépulture collective datant de la fin du néolithique (2500/2000 avant J-C.). Par ses dimensions imposantes, il est considéré comme l'un des plus beaux spécimens connus.
La pierre de la fée, en provençal Peyro de la Fado , est un dolmen de 4 pierres placées de champs et recouvertes d'une grande pierre posée à plat de forme irrégulière de 6 m de long, de 4,50 m de large et de 0,50 m d'épaisseur. Un chêne, un micocoulier et un if lui serve d'ombrage. Les dalles qui subsistent, supportent une "table supérieure" pesant plus de 20 tonnes. Elle contenait les ossements de plusieurs individus accompagnés d'offrandes (outils en silex, parures en os et en pierre).
Le dolmen doit son nom à la légende de la fée Estérel dont il est en partie le théâtre, légende due à Jean de Nostre-Dame (XIIe siècle) et reprise par Frédéric Mistral.
Une fée aimait se déguiser en bergère. Un jour, elle séduisit un jeune génie du voisinage, à qui elle offrit sa main à condition que le mariage fût célébré sur une table formée de trois pierres dont elle fit le croquis. Le jeune homme reconnut alors les pierres qui avaient dévalé la montagne voisine. Il réussit à en dresser deux, mais la troisième résista. Pendant la nuit, la fée souleva d'un geste magique la lourde dalle et la déposa sur les deux autres. Quand le jeune génie découvrit le prodige, il comprit qu'il était un bien modeste jeune homme et qu'il était condamné à mourir parce qu'il aimait une fée plus habile que lui. Il mourut donc et fut pétrifié.
L'estérel à travers le temps
Époque protohistorique
Paléolithique : présence de burins de Noailles sur le site de Gratadis près d'Agay. Les burins de Noailles sont des outils en silex. C'est un burin d'angle, parfois multiple, sur troncature et encoche d'arrêt (exposés au musée archéologique de Saint-Raphaël). Les burins de Noailles tirent leur nom de la grotte éponyme en Corrèze, près de Brive.
Mégalithes : menhir d'Aire Peyronne, de la pierre levée, des veyssières
Occupation de l'Esterel par des peuples celto-ligures (par exemple les Ligauniens au-dessus de la ville de Fréjus). Retraite des Oxybiens après l'invasion romaine en 57 av. J.-C., ils laissent des constructions comme : oppidum du Rastel d'Agay, du mont Saint-Martin près de Mandelieu, sur le bonnet du Cappelan, au Barban les restes d'un village et enfin sur l'Auriasque une spectaculaire forteresse à double rempart en pierres sèches encore visible de loin aujourd'hui.
Les rhyolites ont été exploitées dès l'Antiquité pour la fabrication de meules, par exemple la meulerie de Bagnols-en-Forêt (pour les moulins à huile et à céréales). Des meules pratiquement dégagées ont été découvertes, signe que les habitants de l'époque avaient dû fuir devant un danger : une interruption de l'exploitation a eu lieu au XIVe siècle (période des grandes épidémies : peste...)
L'exploitation qui s'est poursuivie jusqu'au XVIIIe siècle. Des meules de ryolithes de l'Esterel ont été retrouvées dans l'épave d'un bateau de type sarrasin daté du Xe siècle.
Antiquité
Colonisation du rivage par les Grecs: fondation de Marseille par les Phocéens en 600, villes d'Antipolis (Antibes) et de Nikaïa (Nice)...
Occupation ensuite par les Romains (la voie aurélienne, dallée et large de 2,50m, reliait la région à Rome via Fréjus, forum Juli).
On a retrouvé une borne milliaire (du nom de la distance - le mille, 1,478 km - séparant la borne de Rome sur le tracé de l'actuelle Nationale 7, près de l'auberge des Adrets de l'Esterel)
Christianisme
La Sainte Baume est la grotte de l'ermite Honorat d'Arles (Saint Honorat) (IVe siècle de l'ère chrétienne). Voir la Vida de saint Honorat du poète Raymond Féraud (XIIIe siècle). Les habitants du coins jaloux de la popularité de la Sainte Baume de Marie-Madeleine à l'ouest du département du Var donnèrent également ce nom à la grotte de saint-Honorat. Ils montaient lui rendre visite. Devant l'afflux de pèlerins, il s'exila quelques années plus tard sur l'île la plus inhospitalière des Lérins, à laquelle il donna son nom. Au fils des siècles d'autres ermites s'installèrent également dans la grotte.
Divers
Le massif a longtemps été le repaire de brigands : Gaspard de Besse (1757-1781), qui détroussait les voyageurs et agents du fisc au XVIIIe siècle, s'y abritait. Son histoire inspira Jean Aicard pour son roman « Maurin des Maures ». « Passer le pas » de l'Esterel était une expression fameuse et la toponymie témoigne encore de l'insécurité de ces lieux.
Refuge également des forçats évadés du bagne de Toulon.
Au XIXe siècle, pénétration plus systématique et exploitation économique (bouchons à partir des chênes-lièges...).
Construction des Maisons Forestières (Trois Termes, Gratadis, Roussiveau...). Le nom de l'Ingénieur des Eaux et Forêts Auguste Muterse (1851-1922) reste attaché à cette période (construction des routes...)
Seconde Guerre mondiale
Débarquement des Alliés au Dramont (Opération Anvil Dragoon, 15 août 1944) après qu'un commando ait pris le viaduc d'Anthéor (plus à est). |